L’apnée du sommeil aggrave-t-elle l’hypertension pulmonaire chez les patients atteints de bronchopneumopathie chronique obstructive ?
Imaginez-vous essayer de respirer à travers une paille toute la nuit. Maintenant, imaginez que cette sensation se répète nuit après nuit. C’est ce que vivent de nombreux patients atteints de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) et d’apnée obstructive du sommeil (AOS). Ces deux problèmes respiratoires, souvent présents ensemble, peuvent entraîner une complication grave : l’hypertension pulmonaire (HTAP). Mais comment l’AOS influence-t-elle l’HTAP chez les patients atteints de BPCO ? Une étude récente apporte des réponses.
Une étude pour mieux comprendre
Cette étude a été menée à l’hôpital universitaire de Pékin entre septembre 2016 et mai 2018. Elle a inclus 106 patients atteints de BPCO stable. Tous les participants ont subi un test de sommeil à domicile et une échographie cardiaque pour évaluer la présence d’AOS et d’HTAP. L’AOS était définie par un indice d’apnées-hypopnées (IAH) supérieur ou égal à 10 événements par heure. Les patients ont été divisés en deux groupes : ceux avec BPCO et AOS, et ceux avec BPCO seule. La pression artérielle pulmonaire (PAP) et l’HTAP ont été mesurées, et les facteurs influençant ces résultats ont été identifiés.
Les résultats clés
L’âge moyen des participants était de 69,52 ans, et 91,5 % étaient des hommes. La fonction pulmonaire moyenne, mesurée par le volume expiratoire maximal en une seconde (VEMS), était de 56,15 % de la valeur prédite, indiquant une BPCO modérée à sévère. Parmi les 106 patients, 56 (52,8 %) avaient une AOS, et 24 (22,6 %) avaient une HTAP. La PAP médiane était significativement plus élevée chez les patients atteints de BPCO et d’AOS sévère par rapport à ceux sans AOS (36,00 mmHg contre 31,00 mmHg, P=0,036). De plus, les patients qui passaient plus de 10 % de leur nuit avec une saturation en oxygène inférieure à 90 % (T90) avaient une PAP plus élevée que ceux avec un T90 inférieur ou égal à 1 % (36,00 mmHg contre 29,00 mmHg, P=0,007).
Les facteurs de risque
L’analyse univariée a montré que l’âge, le VEMS prédit, le T90 et l’indice de comorbidité de Charlson avaient un impact significatif sur l’HTAP. Une analyse de régression multiple a révélé que le VEMS prédit (rapport de cotes [RC]=3,46 ; intervalle de confiance [IC] à 95 % : 1,15–10,46 ; P=0,028) et l’IAH (RC=3,20 ; IC à 95 % : 1,09–19,35 ; P=0,034) étaient des facteurs de risque indépendants pour l’HTAP. Cela suggère qu’une fonction pulmonaire déclinante et une AOS sévère contribuent significativement au développement de l’HTAP chez les patients atteints de BPCO.
Le rôle de l’hypoxémie nocturne
L’étude a également mis en évidence l’importance de l’hypoxémie nocturne dans le développement de l’HTAP. Les patients atteints de BPCO et d’hypoxémie nocturne sévère (T90 >10 %) avaient une PAP et un indice de Charlson plus élevés que ceux avec une hypoxémie minimale (T90 ≤1 %). Cela indique que la durée de l’hypoxémie, plutôt que la sévérité de l’AOS seule, joue un rôle crucial dans l’augmentation de la PAP et le risque d’HTAP.
Les traitements et leurs implications
L’étude a également noté que l’utilisation de théophylline était plus fréquente chez les patients atteints de BPCO et d’AOS que chez ceux sans AOS (26,0 % contre 5,4 %, P=0,005). La théophylline a montré des effets bénéfiques sur l’IAH et l’hypoxémie nocturne chez les patients atteints d’AOS, suggérant qu’elle pourrait être une option de traitement adaptée pour les patients atteints du syndrome de chevauchement (BPCO et AOS). Cependant, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour confirmer cette hypothèse.
La prévalence de l’HTAP
La prévalence de l’HTAP dans cette étude était de 22,6 %, ce qui est cohérent avec les études précédentes rapportant une prévalence de 20,0 % à 62,4 % chez les patients atteints de BPCO. Le développement de l’HTAP dans la BPCO est principalement dû à une vasoconstriction pulmonaire hypoxique chronique et à un remodelage vasculaire. La coexistence de l’AOS aggrave cette condition en provoquant une hypoxie intermittente, une pression pleurale négative et une dysfonction endothéliale, contribuant toutes à une résistance vasculaire pulmonaire accrue et à l’HTAP.
La sévérité de l’AOS et l’HTAP
L’étude a également exploré la relation entre la sévérité de l’AOS et l’HTAP. Les patients atteints d’AOS sévère (IAH ≥30 événements/heure) avaient une PAP plus élevée que ceux avec une AOS légère (IAH 5–15 événements/heure) et ceux sans AOS. Cependant, la corrélation entre l’IAH et la PAP n’était pas linéaire, indiquant que d’autres facteurs, comme la durée de l’hypoxémie, pourraient avoir un impact plus significatif sur le développement de l’HTAP.
Conclusion
Cette étude démontre que les patients atteints de BPCO et d’AOS sont plus susceptibles de développer une HTAP, associée à une fonction pulmonaire déclinante et à une AOS sévère. L’hypoxémie nocturne et la sévérité de l’AOS sont des facteurs critiques dans la pathogenèse de l’HTAP chez les patients atteints de BPCO. Les résultats soulignent l’importance d’identifier et de traiter l’AOS et l’hypoxémie nocturne chez les patients âgés atteints de BPCO pour prévenir le développement de l’HTAP et ses complications associées. Des recherches futures devraient se concentrer sur les effets à long terme du traitement de l’AOS sur les résultats de l’HTAP chez les patients atteints de BPCO.
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doi.org/10.1097/CM9.0000000000000247