La suppression de graisse avant la prise de poids peut-elle prévenir les problèmes de santé ? Une étude sur les souris suscite des doutes
L’obésité touche des millions de personnes dans le monde, augmentant les risques de maladies cardiaques, de diabète et de stéatose hépatique. Mais et si nous pouvions « vacciner » contre ces conditions en supprimant la graisse avant que la prise de poids ne commence ? Une nouvelle étude sur les souris remet en question cette idée—avec des résultats surprenants.
La grande question : La suppression précoce de graisse peut-elle aider ?
Les scientifiques savent depuis longtemps que l’excès de graisse corporelle (tissu adipeux) entraîne des problèmes métaboliques comme un taux élevé de lipides sanguins (cholestérol et triglycérides), un mauvais contrôle de la glycémie et des artères obstruées. Des recherches antérieures ont montré que supprimer la graisse chez des animaux ou des humains déjà obèses améliorait ces problèmes. Mais personne ne savait si la suppression de graisse avant le développement de l’obésité pouvait prévenir ces troubles.
Pour le découvrir, les chercheurs ont utilisé des souris génétiquement modifiées dépourvues de récepteurs LDL (souris LDL-R KO)—des animaux sujets à un taux de cholestérol élevé et à des problèmes cardiaques, ce qui en fait de bons modèles pour les maladies métaboliques humaines. L’équipe a chirurgicalement retiré deux types de graisse :
- La graisse épididymaire (graisse abdominale autour des organes)
- La graisse sous-cutanée (graisse sous la peau)
Après l’opération, les souris ont suivi un régime riche en graisses pendant 10 semaines. Les chercheurs ont suivi la prise de poids, les marqueurs sanguins, la santé du foie et les dommages artériels.
Qu’a révélé l’étude ?
1. La suppression de graisse n’a pas empêché la prise de poids
Les souris ayant subi une suppression de graisse ont pris autant de poids que les souris non traitées. Pourquoi ? La graisse restante s’est développée. Par exemple, la graisse sous-cutanée chez les souris ayant subi une suppression de graisse abdominale a augmenté de 50 % par rapport aux souris non traitées.
2. Les lipides sanguins sont restés élevés
Malgré la suppression de graisse, les niveaux de cholestérol et de triglycérides sont restés dangereusement élevés dans tous les groupes. Cela suggère que l’emplacement de la graisse corporelle—et pas seulement la quantité totale de graisse—joue un rôle dans le contrôle des lipides sanguins.
3. Les problèmes de glycémie persistent
Les souris ayant subi une suppression de graisse n’ont montré aucune amélioration de la sensibilité à l’insuline (la capacité des cellules à répondre à la glycémie). Tous les groupes ont développé un mauvais contrôle de la glycémie après 10 semaines de régime riche en graisses.
4. Le foie est devenu gras malgré tout
La stéatose hépatique s’est développée de manière égale chez toutes les souris, indépendamment de la chirurgie. Cela remet en question l’idée que la suppression de dépôts graisseux spécifiques protège les organes.
5. Les dommages artériels sont restés inchangés
Les artères obstruées (athérosclérose) sont apparues dans tous les groupes. La suppression de graisse n’a pas réduit l’accumulation de plaque—une découverte clé pour la prévention des maladies cardiaques.
Pourquoi cela n’a-t-il pas fonctionné ?
L’étude a révélé deux explications possibles :
1. Le tissu adipeux s’adapte
Lorsqu’une partie de la graisse est supprimée, la graisse restante travaille plus dur. Les gènes impliqués dans le stockage des graisses (comme Pparg et Cd36) sont devenus plus actifs dans la graisse sous-cutanée restante. Cela pourrait augmenter la capacité de stockage des graisses, annulant ainsi les bénéfices de la chirurgie.
2. Les fonctions cachées de la graisse
La graisse corporelle n’est pas seulement un réservoir—elle libère des hormones (adipokines) qui affectent la faim, le métabolisme et l’inflammation. Supprimer la graisse pourrait perturber ces signaux. Bien que l’étude n’ait observé aucun changement dans les hormones courantes comme la leptine, des modifications subtiles pourraient tout de même se produire.
Qu’est-ce qui rend cette étude unique ?
La plupart des recherches antérieures ont supprimé la graisse après le développement de l’obésité. Cette étude a testé la prévention—une différence cruciale. Les résultats suggèrent :
- Le timing est important : La suppression de graisse pourrait aider à traiter l’obésité existante mais pas à prévenir les problèmes futurs.
- La compensation se produit : Le corps peut s’adapter à la perte de graisse en en stockant davantage ailleurs.
Limites et mises en garde
- Souris vs. Humains : Les souris métabolisent les graisses plus rapidement que les humains. Les résultats pourraient ne pas être directement transposables.
- Effets à court terme : L’étude a duré 10 semaines. Les effets à long terme restent inconnus.
- Focus sur des types de graisse spécifiques : La suppression d’autres types de graisse (comme la graisse brune) n’a pas été testée.
Qu’est-ce que cela signifie pour la prévention de l’obésité ?
Bien que l’étude ne soutienne pas la suppression chirurgicale de graisse comme stratégie de prévention, elle met en lumière des leçons clés :
- L’emplacement de la graisse compte : La graisse abdominale et la graisse sous-cutanée jouent des rôles différents dans le métabolisme.
- Le corps résiste à la perte de graisse : L’évolution favorise le stockage des graisses pour la survie, rendant la prévention complexe.
- Les approches holistiques fonctionnent mieux : Le régime, l’exercice et les médicaments surpassent probablement les chirurgies isolées.
Conclusion
Supprimer la graisse avant la prise de poids n’a pas protégé les souris des problèmes de santé induits par l’alimentation. Bien que surprenant, ce résultat aide les scientifiques à repenser les stratégies de prévention de l’obésité. Au lieu de cibler uniquement la graisse, les recherches futures pourraient se concentrer sur :
- Bloquer les signaux de stockage des graisses
- Améliorer les mécanismes de combustion des graisses
- Optimiser les interventions diététiques
Pour l’instant, maintenir une alimentation équilibrée et un mode de vie actif reste l’approche la mieux étayée pour prévenir les maladies métaboliques.
À des fins éducatives uniquement.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001334