La sensibilisation à la prévention du cancer peut-elle augmenter le dépistage du cancer du foie dans les zones rurales ?

La sensibilisation à la prévention du cancer peut-elle augmenter le dépistage du cancer du foie dans les zones rurales ?

Le cancer du foie (LC) reste un défi majeur pour la santé mondiale. En 2020, environ 905 677 nouveaux cas et 830 180 décès ont été attribués à cette maladie. En Chine, le taux de survie à 5 ans pour le cancer du foie est très faible, variant entre 10,1 % et 12,1 %. Ce faible taux s’explique principalement par des diagnostics tardifs. Détecter la maladie tôt est donc essentiel pour améliorer les chances de survie.

En 2007, la Chine a lancé un programme national de dépistage du cancer du foie ciblant les populations à haut risque dans les zones rurales. Ce programme utilise une combinaison d’échographies (B-scan) et de tests sanguins (AFP). Bien que des études aient montré que ce programme peut réduire la mortalité, les taux de participation restent faibles. Une question clé se pose : la sensibilisation à la prévention du cancer influence-t-elle la participation au dépistage ?

Une étude menée dans la province rurale d’Anhui, de 2015 à 2019, a cherché à répondre à cette question.

Conception de l’étude et population cible

L’étude s’est concentrée sur les résidents ruraux d’Anhui, une région où l’incidence et la mortalité du cancer du foie sont élevées. Les participants éligibles étaient des hommes âgés de 35 à 64 ans et des femmes de 45 à 64 ans. Les personnes ayant déjà reçu un diagnostic de cancer du foie ou d’autres cancers graves ont été exclues.

Au total, 180 756 personnes ont rempli un questionnaire initial sur les facteurs de santé (HFQ). Ce questionnaire a permis d’identifier les personnes à haut risque en fonction de critères tels que l’infection par le virus de l’hépatite B (HBV), les antécédents familiaux de cancer, les mauvaises habitudes alimentaires et les symptômes de troubles digestifs. Parmi elles, 46 425 ont été classées comme à haut risque, et 4 204 ont fourni des données complètes sur un questionnaire supplémentaire de connaissances en santé (HKQ), formant ainsi le groupe final de l’étude.

Collecte des données et mesures

Le questionnaire de connaissances en santé (HKQ) a évalué les connaissances générales sur le cancer et les stratégies de prévention à travers 11 questions. Les scores de connaissances variaient de 0 à 22, avec un point attribué pour chaque bonne réponse. Le HKQ a montré une fiabilité élevée, avec un coefficient alpha de Cronbach de 0,833.

Le questionnaire sur les facteurs de santé (HFQ) a recueilli des données démographiques (statut marital, niveau d’éducation, revenu), des facteurs liés au mode de vie (tabagisme, consommation d’alcool), des antécédents médicaux (maladies digestives, antécédents familiaux de cancer) et le statut HBV via un test HBsAg.

Participation au dépistage et analyse statistique

La participation au dépistage était définie comme la réalisation d’un test AFP, d’une échographie, ou des deux. Les taux de participation (PR) ont été calculés comme la proportion de personnes à haut risque ayant effectué au moins un test de dépistage. Les participants ont été classés en trois groupes en fonction de leurs scores de connaissances : T1 (1–10), T2 (11–15) et T3 (≥16).

Des tests du chi carré ont comparé les PR entre différents sous-groupes démographiques et comportementaux. Des modèles de régression logistique ont ajusté les facteurs de confusion tels que l’âge, le sexe, le niveau d’éducation, le revenu, le tabagisme, la consommation d’alcool, les antécédents familiaux et le statut HBV pour isoler la relation entre les scores de connaissances et la participation au dépistage.

Résultats clés

Le groupe d’étude comprenait 2 796 hommes (66,5 %) et 1 408 femmes (33,5 %), avec un âge moyen de 52,3 ans. Au total, 45,2 % (1 899/4 204) des personnes à haut risque ont participé au dépistage du cancer du foie. Les scores de connaissances moyens étaient de 13,78 (±4,30), sans différence significative entre les sexes. Cependant, les PR variaient considérablement selon les sous-groupes :

  • Sexe : Les femmes avaient des PR plus élevés (59,2 %) que les hommes (38,1 %).
  • Âge : Les participants âgés de 61 à 64 ans avaient le PR le plus élevé (52,1 %).
  • Éducation : Les personnes illettrées avaient des PR plus élevés (48,8 %) que celles ayant un niveau d’éducation primaire ou secondaire.
  • Mode de vie : Les non-fumeurs (58,7 %) et les non-buveurs (50,0 %) étaient plus susceptibles de participer.
  • Antécédents médicaux : Les personnes ayant des antécédents familiaux de cancer avaient un PR de 57,9 %, presque le double de celles sans antécédents (29,7 %).

Dans les modèles non ajustés, les scores de connaissances plus élevés étaient corrélés à des PR plus élevés : les participants des groupes T2 (OR=1,29) et T3 (OR=1,24) étaient significativement plus susceptibles de se faire dépister que ceux du groupe T1. Après ajustement des facteurs de confusion, cette association restait forte pour les groupes T2 (aOR=1,31) et T3 (aOR=1,20).

Variations selon les sous-groupes

Des analyses stratifiées ont révélé des tendances nuancées :

  • Sexe : Les connaissances influençaient significativement les PR chez les femmes (T3 vs. T1 : aOR=1,35) mais pas chez les hommes.
  • Âge : Les adultes de 50 ans et plus montraient une association plus forte entre les connaissances et les PR (T3 vs. T1 : aOR=1,26) que les groupes plus jeunes.
  • Éducation : Les personnes illettrées du groupe T3 avaient 70 % plus de chances de se faire dépister (aOR=1,70) que celles du groupe T1, une tendance absente chez les personnes éduquées.
  • Statut HBV : Les personnes positives au HBV avec des scores de connaissances élevés avaient paradoxalement des PR plus faibles, suggérant d’autres comportements de recherche de soins (par exemple, une préférence pour les services hospitaliers).

Implications et limites

Cette étude fournit la première preuve empirique liant la sensibilisation à la prévention du cancer à la participation au dépistage du cancer du foie dans les zones rurales chinoises. Les résultats plaident en faveur de campagnes éducatives ciblées, en particulier pour les hommes, les jeunes adultes et les populations positives au HBV, afin de combler les lacunes en matière de connaissances et de surmonter les barrières culturelles.

Cependant, la conception transversale de l’étude limite les inférences causales, et la taille modeste de l’échantillon (4 204 sur 46 425 personnes à haut risque) peut introduire un biais de sélection, car les participants exclus étaient plus jeunes, moins éduqués et moins susceptibles de se faire dépister.

Conclusion

Améliorer les connaissances sur la prévention du cancer est une stratégie viable pour augmenter la participation au dépistage du cancer du foie dans les populations rurales à haut risque. Des interventions adaptées aux sous-groupes démographiques, combinées à des efforts systémiques pour réduire les barrières financières et logistiques, pourraient optimiser l’efficacité du programme national de dépistage en Chine.

Des recherches futures devraient explorer les impacts à long terme des campagnes éducatives et le rôle de l’accès aux soins de santé dans la relation entre les connaissances et les comportements.

For educational purposes only.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001735

Laisser un commentaire 0

Your email address will not be published. Required fields are marked *