La première épidémie de grippe aviaire A(H7N9) en Chine : que s’est-il passé à Guangxi en 2016-2017 ?

La première épidémie de grippe aviaire A(H7N9) en Chine : que s’est-il passé à Guangxi en 2016-2017 ?

La grippe aviaire A(H7N9) est une menace sérieuse pour la santé publique. Identifiée pour la première fois à Shanghai en mars 2013, elle a causé 1 564 cas humains confirmés en laboratoire d’ici septembre 2017, avec un taux de mortalité alarmant de 40 %. La cinquième vague épidémique a marqué un tournant : 4,09 % des cas étaient dus à une souche hautement pathogène (HPAI) de la grippe aviaire, remplaçant la souche peu pathogène (LPAI) dominante auparavant. Guangxi, une province du sud-ouest de la Chine voisine de Guangdong, a connu sa première épidémie majeure lors de la saison 2016-2017. Cet article explore les facteurs épidémiologiques, cliniques et environnementaux de cette épidémie, tout en proposant des stratégies de prévention.


Profil épidémiologique de l’épidémie

L’épidémie à Guangxi s’est étendue du 1er octobre 2016 au 9 juin 2017. Le premier cas confirmé a été importé de la province de Guangdong. Ce patient a développé des symptômes le 27 janvier 2017 et est décédé le 15 février 2017. Le premier cas local est apparu le 18 février 2017, suivi d’une augmentation rapide des infections. Parmi les 27 cas confirmés, l’âge médian était de 53 ans (allant de 12 à 77 ans), avec une majorité d’hommes (ratio hommes-femmes : 2,86). La plupart des patients (81 %, 22/27) vivaient en zone rurale, et 96 % (26/27) avaient été en contact direct avec des volailles dans les dix jours précédant l’apparition des symptômes.

Les voies d’exposition se répartissaient en deux catégories principales : contact avec des volailles de basse-cour (59 %, 16/27) et exposition professionnelle (33 %, 9/27), comme travailler dans des marchés de volailles vivantes (LPM) ou dans des élevages. Notamment, 63 % des patients ont d’abord consulté des cliniques privées ou villageoises, révélant des lacunes dans le diagnostic précoce au sein des systèmes de santé ruraux. Les retards dans le traitement antiviral étaient fréquents : le délai médian entre l’apparition des symptômes et la première consultation médicale était de 1 jour, mais le délai médian pour commencer un traitement par inhibiteurs de la neuraminidase (par exemple, l’oseltamivir) était de 5 jours.


Résultats cliniques et facteurs de risque de mortalité

Le taux de mortalité a atteint 52 % (14/27), dépassant les taux rapportés lors des épidémies précédentes. Une analyse comparative des cas mortels et non mortels a révélé des facteurs de risque critiques :

  1. Maladies chroniques : Des conditions sous-jacentes comme le diabète, l’hypertension ou les maladies respiratoires chroniques étaient significativement associées à la mortalité (57 % chez les cas mortels contre 8 % chez les survivants ; P = 0,013). Les risques ajustés confirment que les maladies chroniques augmentaient le risque de mortalité de 15,34 fois (IC à 95 % : 1,50–156,91).
  2. Retards de traitement : Bien que non significatif, les cas mortels présentaient des délais plus longs avant le début du traitement antiviral (médiane : 6 jours contre 4 jours chez les survivants ; P = 0,128).
  3. Contact avec des volailles de basse-cour : Une proportion plus élevée de cas mortels impliquait un contact avec des volailles de basse-cour (71 % contre 46 % chez les survivants ; P = 0,252), suggérant un lien potentiel avec des charges virales élevées ou une reconnaissance tardive des volailles malades.

Tous les patients ont développé une maladie respiratoire sévère nécessitant une hospitalisation, soulignant la virulence du H7N9. Le sous-typage des souches virales a identifié 11 cas de HPAI et 6 cas de LPAI (les autres cas manquaient d’échantillons suffisants pour analyse). Les patients infectés par le HPAI rapportaient plus fréquemment des contacts avec des volailles malades ou mortes (7/11 contre 0/6 ; P = 0,035), bien que les résultats cliniques (par exemple, durée d’hospitalisation, mortalité) ne différaient pas significativement entre les groupes HPAI et LPAI.


Surveillance environnementale et dynamique de transmission virale

La surveillance active des LPM—connus pour amplifier la transmission de la grippe aviaire—a été intensifiée à partir de février 2017. Un total de 9 875 échantillons environnementaux (écouvillons de cages, planches à découper, fientes de volailles et eau de boisson) ont été collectés à travers Guangxi. Globalement, 3,84 % (379/9 875) étaient positifs pour l’ARN H7, avec des variations régionales importantes :

  • Guilin : 14,29 % de positivité (85/595 échantillons)
  • Hechi : 13,49 % (39/289)
  • Yulin : 13,39 % (32/239)
  • Beihai : 0,70 % (10/1 420)
  • Fangchenggang : 0,09 % (2/2 144)

Une analyse temporelle a révélé une augmentation des cas humains entre le 10 février et le 21 mars 2017, coïncidant avec des taux élevés de détection de H7 dans les LPM (5,20 %–11,82 %). Une forte corrélation positive est apparue entre le nombre de cas hebdomadaires et les taux de positivité de l’ARN H7 (R = 0,793, P < 0,05), impliquant la contamination environnementale comme un facteur clé des infections humaines.


Analyse comparative avec la province de Guangdong

L’épidémie de Guangxi présentait des similitudes avec celle de Guangdong, un foyer historique de H7N9. Les deux régions rapportaient une prédominance rurale, des contacts avec des volailles de basse-cour et une transmission via les LPM. Cependant, le taux de positivité de H7 dans les LPM de Guangxi (3,84 % contre des taux plus élevés à Guangdong) pourrait expliquer en partie le nombre de cas plus faible. De plus, l’infrastructure de santé de Guangxi a rencontré des difficultés dans la détection précoce : tous les cas rapportés étaient graves, suggérant une sous-détection des infections légères ou asymptomatiques.


Interventions de santé publique et leçons tirées

En réponse à l’épidémie, les autorités de Guangxi ont mis en place des mesures multidimensionnelles :

  1. Fermeture des LPM : Des fermetures temporaires dans les zones à forte incidence ont réduit les contacts humains-volailles, reproduisant des stratégies réussies à Guangdong.
  2. Vaccination des volailles : La vaccination accrue des élevages a été priorisée pour limiter la circulation virale.
  3. Campagnes de sensibilisation : Des messages ciblés dans les communautés rurales ont encouragé à éviter les volailles malades/mortes et à consulter rapidement en cas de symptômes.

Ces mesures ont probablement contribué au déclin de l’épidémie d’ici mi-2017. Cependant, la demande persistante de volailles vivantes dans le sud de la Chine et la nature asymptomatique des infections LPAI chez les volailles soulignent des risques continus.


Implications pour la gestion future des épidémies

  1. Traitement antiviral précoce : Réduire les retards dans l’administration de l’oseltamivir—idéalement dans les 48 heures suivant l’apparition des symptômes—est crucial pour diminuer la mortalité.
  2. Renforcement de la surveillance : L’élargissement des tests de routine pour le H7N9 dans les cliniques rurales et les LPM pourrait améliorer la détection précoce.
  3. Différenciation HPAI et LPAI : Le sous-typage rapide des souches H7N9 est essentiel, car le HPAI, avec son potentiel de résistance aux médicaments et sa progression accélérée, nécessite des réponses adaptées.
  4. Gestion des maladies chroniques : Intégrer la sensibilisation au H7N9 dans les programmes de soins des maladies chroniques pourrait réduire les risques de mortalité.

L’épidémie de Guangxi met en lumière la menace évolutive du H7N9, en particulier sa transition vers le HPAI. Une vigilance soutenue, une collaboration intersectorielle et des stratégies adaptatives restent essentielles pour prévenir de futures épidémies.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000000376
For educational purposes only.

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