La poussée mandibulaire : un outil fiable pour l’anesthésie des patients obèses ?
L’obésité est un problème de santé mondial en pleine expansion. Les personnes souffrant d’obésité morbide (indice de masse corporelle, IMC ≥40 kg/m²) rencontrent souvent des difficultés lors des interventions chirurgicales, notamment en ce qui concerne la gestion des voies respiratoires sous anesthésie. Une question cruciale se pose : comment s’assurer que l’anesthésie est suffisamment profonde pour insérer un dispositif respiratoire sans provoquer de complications ?
La poussée mandibulaire, une manœuvre simple consistant à soulever la mâchoire pour dégager les voies respiratoires, pourrait être la solution. Cette technique est déjà utilisée pour évaluer la profondeur de l’anesthésie chez les patients non obèses. Mais est-elle aussi efficace chez les personnes obèses ? Une étude récente s’est penchée sur cette question.
Pourquoi les patients obèses sont-ils plus à risque ?
Les patients obèses présentent des défis uniques lors de l’anesthésie. Leur anatomie et leur physiologie sont modifiées. Par exemple, leur capacité respiratoire est réduite, ce qui augmente le risque de manque d’oxygène. De plus, leur tissu adipeux peut rendre la gestion des voies respiratoires plus difficile. Les dispositifs respiratoires supraglottiques (SAD, pour Supraglottic Airway Devices) sont souvent utilisés pour faciliter l’oxygénation. Cependant, il est essentiel de déterminer le bon niveau d’anesthésie pour éviter des réflexes indésirables comme la toux ou les mouvements.
Comment l’étude a-t-elle été menée ?
L’étude a inclus 30 patients obèses (IMC entre 40 et 73 kg/m²) devant subir une chirurgie bariatrique. Les patients ont été placés en position inclinée pour optimiser l’alignement des voies respiratoires. L’anesthésie a été induite avec du sévoflurane, un gaz anesthésiant, administré via un masque facial.
La poussée mandibulaire a été testée toutes les 10 secondes par un anesthésiste expérimenté. Lorsque la manœuvre ne provoquait plus de réaction motrice, cela indiquait que l’anesthésie était suffisamment profonde pour insérer le dispositif respiratoire. Un SAD de type BlockBuster™, lubrifié avec un gel anesthésiant, a ensuite été inséré.
Quels ont été les résultats ?
Tous les patients ont eu une insertion réussie du dispositif respiratoire dès la première tentative. Les conditions d’insertion ont été jugées excellentes dans 30 % des cas et bonnes dans 70 % des cas. Une résistance modérée à l’ouverture de la bouche ou à l’insertion du dispositif a été observée chez certains patients, mais sans complications majeures.
Une évaluation par bronchoscope (un outil permettant de visualiser les voies respiratoires) a montré que le dispositif était correctement positionné dans 93,3 % des cas. Pour les deux patients restants, un ajustement mineur a suffi à assurer une ventilation adéquate.
Qu’en est-il de la profondeur de l’anesthésie ?
La concentration de sévoflurane dans l’air expiré (ETsev) a été mesurée. Elle était en moyenne de 2,2 % au moment de la perte du réflexe de clignement des paupières, et de 4,7 % lors de la disparition de la réaction à la poussée mandibulaire. Ces résultats suggèrent que la poussée mandibulaire est un indicateur fiable de la profondeur de l’anesthésie.
Des changements physiologiques ont été notés :
- La fréquence cardiaque a augmenté légèrement.
- La pression artérielle moyenne a diminué.
- Le volume d’air inhalé à chaque respiration a diminué.
Cependant, ces changements étaient transitoires et ne représentaient pas un danger pour les patients.
Y a-t-il eu des complications ?
Cinq patients (16,7 %) ont présenté une apnée transitoire pendant l’induction de l’anesthésie. Cela a été rapidement résolu en plaçant un dispositif oral pour maintenir les voies respiratoires ouvertes. Aucun cas de manque d’oxygène, de ralentissement du rythme cardiaque ou de blessure des voies respiratoires n’a été signalé.
Pourquoi la poussée mandibulaire est-elle utile ?
Cette étude montre que la poussée mandibulaire est un outil simple et efficace pour évaluer la profondeur de l’anesthésie chez les patients obèses. Elle est non invasive et facile à réaliser. Contrairement à d’autres indicateurs, comme la concentration de sévoflurane ou la perte du réflexe de clignement des paupières, elle semble plus fiable pour prévenir les réflexes indésirables lors de l’insertion du dispositif respiratoire.
Limites de l’étude
L’étude présente quelques limites. Par exemple, elle n’a pas comparé la poussée mandibulaire à d’autres méthodes d’évaluation de l’anesthésie. De plus, la majorité des participants étaient des femmes jeunes, ce qui peut limiter la généralisation des résultats à d’autres groupes de population. Enfin, la taille fixe du dispositif respiratoire utilisé ne tient pas compte des variations anatomiques entre les patients.
Conclusion
La poussée mandibulaire semble être un indicateur fiable pour déterminer la profondeur de l’anesthésie lors de l’insertion d’un dispositif respiratoire chez les patients obèses. Sa simplicité et son efficacité en font un outil précieux pour les anesthésistes, en particulier dans cette population à haut risque. Des recherches supplémentaires pourraient explorer son utilisation dans d’autres contextes et avec d’autres dispositifs.
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doi.org/10.1097/CM9.0000000000000403