La lutte mondiale contre les maladies respiratoires chroniques : où en sommes-nous ?

La lutte mondiale contre les maladies respiratoires chroniques : où en sommes-nous ?

Respirer est un acte si naturel qu’on l’oublie souvent. Pourtant, pour des millions de personnes à travers le monde, chaque inspiration peut être un défi. Les maladies respiratoires chroniques (MRC), comme l’asthme et la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), touchent des populations entières, surtout dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Mais comment la communauté internationale agit-elle pour relever ce défi ?

Les origines de l’Alliance mondiale contre les maladies respiratoires chroniques (GARD)

En 2000, l’Assemblée mondiale de la Santé a adopté une résolution (WHA53.17) pour alerter sur la montée en puissance des MRC. Face à cette urgence, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a lancé en 2004 l’Alliance mondiale contre les maladies respiratoires chroniques, ou GARD. Cette alliance rassemble des organisations, des institutions et des gouvernements autour d’un objectif commun : permettre à tous de respirer librement.

GARD s’est structurée autour d’un Comité exécutif, d’un Groupe de planification et d’une Assemblée générale. En 2019, elle a revu son organisation pour mieux représenter toutes les régions du monde, en particulier les pays aux ressources limitées. Des figures clés, comme Jean Bousquet et Ronald Dahl, ont guidé ses actions, avec le soutien du Secrétariat de l’OMS dirigé par Nikolai Khaltaev.

Les piliers stratégiques de GARD

GARD repose sur quatre piliers principaux : plaidoyer, partenariat, plans nationaux et surveillance. Son but est de réduire le fardeau des MRC grâce à des interventions intégrées et multisectorielles. Voici ses objectifs clés :

  1. Standardiser la collecte de données : Créer des méthodes uniformes pour suivre la prévalence des MRC, leurs facteurs de risque et leurs conséquences.
  2. Promouvoir la santé et la prévention : Encourager des politiques qui s’attaquent aux causes environnementales des MRC, comme la pollution de l’air et le tabagisme.
  3. Renforcer les systèmes de santé : Aider les pays à intégrer la gestion des MRC dans les soins de santé primaires.
  4. Proposer des solutions accessibles : Développer des outils de diagnostic et des traitements adaptés aux pays à ressources limitées.

Des initiatives locales et mondiales

GARD a marqué des points forts avec ses projets nationaux. Pour devenir un « pays GARD », un État doit s’engager officiellement avec son ministère de la Santé. Cette collaboration garantit un soutien gouvernemental solide. Des programmes réussis ont été mis en place en Turquie, en Italie, au Portugal, au Kirghizistan et en Russie.

Parmi les réalisations notables :

  • Le Programme finlandais contre les allergies (2008–2018) : Une initiative qui a réduit la prévalence des allergies grâce à l’éducation, l’intervention précoce et des régulations environnementales.
  • AIRWAYS Integrated Care Pathways (ICPs) : Un cadre européen pour harmoniser les soins de l’asthme et de la BPCO.
  • Mobile Airways Sentinel Network (MASK) : Une plateforme numérique reconnue par l’OMS pour le suivi des symptômes en temps réel.
  • L’étude FRESH-air : Une recherche sur la réduction de la pollution intérieure dans les pays à faible revenu.

Plaidoyer et collaboration mondiale

GARD a réussi à placer les MRC parmi les priorités de santé mondiale. En 2011, elles ont été incluses dans les maladies non transmissibles (MNT) prioritaires lors d’une réunion de haut niveau des Nations Unies. GARD soutient également le Plan d’action mondial de l’OMS pour la prévention et le contrôle des MNT (2013–2020).

En 2019, GARD a adopté le Beijing Call to Action for Lung Health Promotion, aligné sur l’Objectif de développement durable 3.4 des Nations Unies (réduire la mortalité prématurée due aux MNT). Ce document définit quatre priorités :

  1. Plaidoyer : Sensibiliser sur les MRC comme une urgence de santé publique.
  2. Action multisectorielle : Lutter contre la pollution de l’air en promouvant les énergies propres.
  3. Renforcement des soins primaires : Intégrer les services de MRC dans les systèmes de santé universels.
  4. Recherche : Étudier les déterminants sociaux et environnementaux des MRC.

Défis et perspectives d’avenir

Malgré ses succès, GARD fait face à des obstacles. Les MRC restent sous-financées par rapport à d’autres MNT, et les inégalités d’accès aux soins persistent. Le changement climatique et l’urbanisation aggravent les risques, nécessitant des stratégies adaptatives.

L’agenda futur de GARD met l’accent sur :

  • Élargir les partenariats : Collaborer avec des secteurs comme l’énergie, l’urbanisme et l’éducation.
  • Utiliser la technologie : Déployer des outils numériques comme MASK pour le suivi des patients à distance.
  • Allouer les ressources équitablement : Prioriser les pays à faibles ressources dans la recherche et le renforcement des capacités.

Conclusion

En deux décennies, GARD est devenue une plateforme essentielle pour la santé respiratoire mondiale. En réunissant gouvernements, académies et société civile, elle a montré que l’action coordonnée peut réduire le fardeau des MRC. Cependant, le chemin à parcourir exige un engagement politique durable, de l’innovation et une attention particulière à l’équité. Face aux défis environnementaux et sociétaux, les stratégies de GARD resteront cruciales pour atteindre une santé respiratoire universelle.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000000851
For educational purposes only.

Laisser un commentaire 0

Your email address will not be published. Required fields are marked *