La greffe de cellules souches hématopoïétiques haploidentique pourrait-elle sauver les enfants atteints de leucémie aiguë à cellules T à haut risque ?
La leucémie aiguë à cellules T (LAL-T) représente 10 à 15 % des cas de leucémie chez les enfants. Malgré les progrès des traitements, les enfants atteints de formes à haut risque ont souvent des chances de survie inférieures à 50 %. Une nouvelle étude explore si la greffe de cellules souches hématopoïétiques (allo-HSCT), en particulier la greffe haploidentique (haplo-HSCT), pourrait améliorer leur pronostic.
Pourquoi cette étude est-elle importante ?
La LAL-T est une maladie agressive. Même avec des traitements de chimiothérapie intensifs, de nombreux enfants rechutent. La greffe de cellules souches hématopoïétiques, qui remplace les cellules malades par des cellules saines d’un donneur, est une option prometteuse. Mais est-elle vraiment efficace, surtout pour les enfants sans donneur compatible dans leur famille ?
Qui a été étudié ?
L’étude a inclus 74 enfants âgés de 1 à 18 ans diagnostiqués avec une LAL-T entre 2012 et 2018. Ces enfants ont été divisés en trois groupes :
- Groupe à faible risque (n = 16) : Enfants sans caractéristiques à haut risque, traités uniquement par chimiothérapie.
- Groupe à haut risque sous chimiothérapie (n = 31) : Enfants à haut risque traités uniquement par chimiothérapie.
- Groupe à haut risque avec greffe (n = 27) : Enfants à haut risque ayant reçu une greffe de cellules souches en première rémission complète (CR1). Parmi eux, 23 ont reçu une greffe haploidentique et 4 une greffe d’un frère ou sœur compatible.
Les critères de haut risque incluaient :
- L’absence de rémission complète après le traitement initial.
- La présence de cellules cancéreuses résiduelles (MRD) dans la moelle osseuse après 3 mois de traitement.
- Un âge supérieur ou égal à 10 ans.
- La réapparition de cellules cancéreuses pendant le traitement.
Comment les patients ont-ils été traités ?
Chimiothérapie
Les enfants ont reçu soit le protocole BFM modifié, soit le protocole CCLG-ALL 2008. Ces traitements incluent des phases intensives d’induction et de consolidation, avec des ajustements pour les patients à haut risque.
Greffe de cellules souches
Les greffes ont été réalisées avec des traitements de conditionnement myéloablatifs sans irradiation corporelle totale (TBI) :
- Greffes compatibles : Utilisation de busulfan et cyclophosphamide (Bu-Cy) avec d’autres médicaments.
- Greffes haploidentiques : Ajout de cytarabine et d’immunoglobuline anti-thymocyte (ATG) au régime Bu-Cy.
La prévention de la réaction du greffon contre l’hôte (GVHD) a inclus du méthotrexate, du mycophénolate mofétil et de la cyclosporine A.
Quels ont été les résultats ?
Survie et rechute
-
Groupe à faible risque vs groupe à haut risque sous chimiothérapie :
- Survie à 5 ans : 100 % vs 58,5 %.
- Survie sans événement à 5 ans : 83,4 % vs 54,1 %.
- Taux de rechute à 5 ans : 6,3 % vs 45,2 %.
-
Groupe à haut risque sous chimiothérapie vs groupe à haut risque avec greffe :
- Survie à 5 ans : 58,5 % vs 81,0 %.
- Survie sans événement à 5 ans : 54,1 % vs 80,1 %.
- Taux de rechute à 5 ans : 45,2 % vs 11,6 %.
Facteurs pronostiques
L’analyse a identifié plusieurs facteurs de risque indépendants :
- Réapparition de cellules cancéreuses (MRD) : Associée à une survie plus faible et à un risque accru de rechute.
- Âge ≥10 ans : Lié à une survie inférieure.
- Nombre élevé de globules blancs au diagnostic : Augmente le risque de rechute.
- Absence de greffe : Augmente le risque de rechute.
Analyse détaillée
Réponse précoce au traitement
Tous les enfants ont atteint une rémission complète, mais 8 ont nécessité un traitement d’induction prolongé. Les enfants avec un phénotype ETP (précurseur précoce des cellules T) ont eu une rémission plus tardive.
Impact de la greffe haploidentique
La greffe haploidentique a montré des résultats encourageants :
- Réduction des rechutes : Seuls 3 des 23 enfants greffés ont rechuté.
- Tolérance : La mortalité liée à la greffe était faible (3 décès sur 27).
- Contrôle des cellules cancéreuses résiduelles : Tous les enfants greffés étaient en rémission complète avant la greffe.
Résultats par sous-groupes
- Enfants ETP : Pas de différence significative de survie par rapport aux non-ETP.
- Enfants âgés de ≥10 ans : Des résultats moins bons, probablement dus à une moins bonne tolérance à la chimiothérapie.
- Protocole de chimiothérapie : Pas de différence de survie entre les protocoles BFM et CCLG-ALL 2008.
Discussion
Cette étude montre que la greffe de cellules souches, en particulier la greffe haploidentique, pourrait réduire les rechutes et améliorer la survie des enfants atteints de LAL-T à haut risque. Les facteurs comme la réapparition de cellules cancéreuses (MRD), l’âge et le nombre de globules blancs au diagnostic sont essentiels pour guider les décisions de traitement.
Limites et perspectives
- Étude rétrospective : Possibilité de biais dans la sélection des patients.
- Petit échantillon : Limite les analyses par sous-groupes.
- Conditionnement sans irradiation : Nécessite une évaluation à long terme.
Des études prospectives sont nécessaires pour confirmer ces résultats et optimiser les stratégies de traitement.
Conclusion
La greffe de cellules souches, notamment la greffe haploidentique, semble réduire les rechutes et améliorer la survie des enfants atteints de LAL-T à haut risque. Les facteurs comme la réapparition de cellules cancéreuses (MRD) et l’âge doivent guider les décisions thérapeutiques. Ces résultats pourraient ouvrir la voie à une utilisation plus large de la greffe haploidentique, en particulier dans les régions où les donneurs compatibles sont rares.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001999
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