La fièvre lors de la ponction d’ovules affecte-t-elle le succès de la FIV ? Ce que révèle une nouvelle étude
Imaginez vous préparer pour l’entretien d’embauche le plus important de votre vie, pour vous réveiller avec de la fièvre. Pour les femmes suivant un traitement de FIV (fécondation in vitro), tomber malade pendant une phase critique du traitement peut sembler tout aussi dévastateur. Une étude récente aborde cette question pressante : Développer une fièvre lors de la ponction d’ovules réduit-il les chances d’avoir un bébé par FIV ? Les résultats pourraient vous surprendre—et changer la façon dont les médecins gèrent ces situations délicates.
Le stress caché du timing en FIV
La FIV est un processus complexe où le timing est crucial. Les patientes prennent des hormones pour stimuler la croissance de plusieurs ovocytes, qui sont ensuite prélevés lors d’une intervention mineure. Ces ovocytes sont fécondés en laboratoire, et les meilleurs embryons sont soit transférés immédiatement, soit congelés pour une utilisation ultérieure. Mais que se passe-t-il si une patiente tombe malade juste avant la ponction d’ovules ?
La fièvre pendant cette phase inquiète depuis longtemps les médecins. Pourrait-elle augmenter les risques d’infection ? Altérer la qualité des ovocytes ? Réduire les chances de grossesse future ? Jusqu’à présent, il y avait peu de données pour guider les décisions. Certaines cliniques annulent les cycles si les patientes ont de la fièvre. D’autres poursuivent mais évitent les transferts d’embryons frais, congelant tous les embryons à la place. Cette stratégie de « tout congeler » (reportant les tentatives de grossesse à un mois plus sain) est courante, mais est-elle réellement efficace ?
L’étude sur la fièvre : Les questions clés
Des chercheurs en Chine ont examiné 232 patientes en FIV. Cinquante-huit avaient de la fièvre (≥37,3°C) dans les trois jours précédant la ponction d’ovules, principalement à cause de rhumes ou de grippes. Ils ont congelé tous les embryons et ont comparé leurs résultats à 174 patientes similaires qui ont congelé leurs embryons pour des raisons autres que la fièvre. Les grandes questions étaient :
- La fièvre réduit-elle le nombre ou la qualité des ovocytes prélevés ?
- Les embryons des patientes fébriles ont-ils de moins bons résultats lors des grossesses ultérieures ?
- Congeler tous les embryons est-il une solution sûre ?
Ce qu’ils ont découvert
Les patientes fébriles avaient moins d’ovocytes—mais pas de pires embryons
Le groupe fébrile a produit moins d’ovocytes (moyenne de 11 contre 17 chez les patientes non fébriles). Cela est logique : les infections stressent le corps, affectant potentiellement les réponses hormonales. Cependant, une fois les ovocytes fécondés, les embryons du groupe fébrile étaient tout aussi viables. Les deux groupes avaient des nombres similaires d’embryons au jour 3 (stade précoce) et de blastocystes au jour 5 (embryons prêts à être congelés).
Une surprise : les patientes fébriles avaient un taux plus élevé d’embryons 2PN (ovocytes fécondés montrant deux noyaux, un signe de développement normal). Les chercheurs ne savent pas pourquoi—cela pourrait être dû au hasard ou à quelque chose lié à l’effet de la fièvre sur la division cellulaire.
Les taux de grossesse étaient presque identiques
Après décongélation et transfert des embryons, les deux groupes ont eu des succès similaires :
- 48 % des patientes fébriles ont obtenu une grossesse clinique contre 52 % dans le groupe non fébrile
- 38 % des patientes fébriles ont eu des grossesses en cours (au-delà de 12 semaines) contre 45 % dans le groupe témoin
Les taux de fausses couches, de grossesses extra-utérines et les résultats pour les bébés n’ont montré aucune différence significative. Même les fièvres élevées (≥38°C) n’ont pas changé les résultats.
Pourquoi congeler tous les embryons pourrait aider
La stratégie de « tout congeler » a probablement aidé les patientes fébriles de deux manières :
- Éviter les risques immédiats : Les transferts d’embryons frais nécessitent des conditions utérines idéales. La fièvre peut provoquer une inflammation, rendant l’utérus moins accueillant. La congélation permet aux médecins d’attendre que le corps se rétablisse.
- Un meilleur timing : Les transferts d’embryons congelés permettent des traitements hormonaux pour préparer parfaitement l’utérus, indépendamment du cycle de ponction d’ovules.
Notamment, toutes les patientes fébriles ont reçu des antibiotiques après la ponction d’ovules. Aucune n’a développé d’infection pelvienne, une complication rare mais grave de la FIV.
L’énigme de l’AMH
Une découverte étrange : les patientes non fébriles avaient des niveaux plus élevés d’hormone anti-müllérienne (AMH), un marqueur sanguin de la réserve ovarienne. Cela pourrait expliquer pourquoi elles ont produit plus d’ovocytes. Cependant, l’AMH n’a pas affecté les taux de grossesse une fois les embryons congelés et transférés.
Ce que cela signifie pour les patientes
- Ne paniquez pas en cas de fièvre : Bien que tomber malade pendant la FIV soit stressant, cette étude suggère que cela ne condamne pas votre cycle. Travaillez avec votre médecin pour ajuster les plans.
- Congeler les embryons peut protéger le succès : Même si vous vous sentez mieux rapidement, retarder le transfert donne à votre corps le temps de se rétablir.
- Concentrez-vous sur la qualité des ovocytes, pas la quantité : Moins d’ovocytes ne signifie pas de moins bons résultats. De nombreuses patientes avec 10 à 12 ovocytes obtiennent des grossesses.
Questions sans réponse
- Santé à long terme de l’enfant : L’étude n’a pas suivi les bébés après la naissance. Des recherches futures devraient confirmer que la fièvre n’affecte pas le développement de l’enfant.
- Fièvres virales vs bactériennes : La plupart des fièvres ici étaient dues à des rhumes/grippes. Les infections sévères (comme les infections urinaires) pourraient se comporter différemment.
- Fièvres répétées : Que se passe-t-il si quelqu’un tombe malade pendant plusieurs cycles de FIV ?
Le message principal
Pour les patientes en FIV, la fièvre lors de la ponction d’ovules ajoute un stress indésirable—mais ce n’est pas une impasse. Congeler tous les embryons et les transférer plus tard semble niveler les chances, offrant des taux de grossesse similaires à ceux des patientes non fébriles. Comme l’a noté un chercheur, « La résilience du corps pendant la FIV continue de nous étonner. »
Bien que davantage d’études soient nécessaires, ces données soutiennent une approche calme et flexible. Alors que les cliniques adoptent de plus en plus la stratégie de « tout congeler », même les revers fébriles pourraient ne pas geler vos rêves de parentalité.
À des fins éducatives uniquement. Consultez votre professionnel de santé pour des conseils médicaux personnalisés.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001238