La crise des AVC en Chine : un défi de santé publique à l’horizon 2050

La crise des AVC en Chine : un défi de santé publique à l’horizon 2050

L’accident vasculaire cérébral (AVC) est la première cause de mortalité en Chine, représentant un tiers des décès liés aux AVC dans le monde. Au cours des dernières décennies, le nombre de personnes touchées par cette maladie a augmenté de manière spectaculaire. Comment la Chine peut-elle faire face à cette crise grandissante ?

Une projection alarmante

Une étude récente a projeté l’évolution du fardeau des AVC en Chine de 2019 à 2050. Les résultats sont préoccupants : le nombre de cas, de décès et de personnes vivant avec les séquelles d’un AVC devrait augmenter de manière significative. Cette hausse est principalement due au vieillissement de la population et à la prévalence croissante de facteurs de risque comme l’hypertension, le diabète et le tabagisme.

Les chiffres clés

Entre 2019 et 2050, les projections montrent une augmentation marquée :

  • Nombre de nouveaux cas : +55,58 % (de 3,94 millions à 6,13 millions).
  • Nombre de personnes vivant avec un AVC : +119,16 % (de 28,76 millions à 63,03 millions).
  • Nombre de décès : +72,15 % (de 2,19 millions à 3,77 millions).
  • Années de vie perdues ou vécues avec un handicap (DALYs) : +20,04 % (de 45,95 millions à 55,16 millions).

Cependant, si l’on ajuste ces chiffres en fonction de l’âge (pour tenir compte du vieillissement de la population), certaines tendances sont plus positives :

  • Taux d’incidence : baisse de 8,94 %.
  • Taux de mortalité : baisse de 40,37 %.
  • DALYs : réduction de 43,47 %.
  • Taux de prévalence : augmentation de 10,82 %, reflétant une meilleure survie après un AVC.

Le vieillissement de la population : un facteur clé

Le vieillissement de la population est le principal moteur de cette augmentation. D’ici 2050, 32,69 % de la population chinoise aura 60 ans ou plus, contre 18,06 % en 2019. Cette évolution démographique amplifie le nombre absolu de cas d’AVC, même si les taux spécifiques à chaque âge diminuent.

Les personnes âgées de 65 ans et plus seront particulièrement touchées :

  • Nouveaux cas : leur part passera de 59,45 % en 2019 à 75,98 % en 2050.
  • Personnes vivant avec un AVC : leur nombre augmentera de 218,48 % (de 16,18 millions à 51,53 millions).
  • Décès : leur part passera de 81,40 % à 94,41 %.
  • DALYs : ils représenteront 84,45 % du total en 2050, contre 63,70 % en 2019.

En revanche, les groupes plus jeunes (moins de 60 ans) devraient voir une baisse de l’incidence et de la mortalité, grâce à une meilleure prévention et gestion des facteurs de risque.

Différences entre hommes et femmes

Les projections montrent également des différences entre les sexes :

  • Femmes : une augmentation plus marquée des nouveaux cas (+62,75 %) et des personnes vivant avec un AVC (+122,28 %).
  • Hommes : une hausse plus importante des décès (+74,62 %) et des DALYs (+21,75 %), probablement en raison de taux plus élevés de facteurs de risque comme le tabagisme.

Trois scénarios possibles

L’étude a exploré trois scénarios pour évaluer l’impact des politiques de santé :

  1. Taux stables : si les taux de 2019 restent inchangés, le nombre de nouveaux cas, de personnes vivant avec un AVC, de décès et de DALYs dépasserait les projections de base.
  2. Continuité des tendances historiques : le nombre de nouveaux cas et de décès serait légèrement inférieur aux projections de base, mais le nombre de personnes vivant avec un AVC et les DALYs augmenteraient.
  3. Continuité des tendances récentes : une réduction plus marquée des décès et des DALYs suggère que des efforts accrus pourraient atténuer le fardeau futur.

Les implications pour le système de santé

L’augmentation du nombre de survivants d’AVC, en particulier chez les personnes âgées, mettra à rude épreuve les systèmes de réadaptation et de soins de longue durée. Les décideurs politiques doivent prioriser :

  • La prévention : en ciblant les facteurs de risque modifiables comme l’hypertension et le tabagisme.
  • Les soins secondaires : en développant les centres spécialisés dans la prise en charge des AVC et les services de réadaptation.
  • Les stratégies adaptées aux personnes âgées : en proposant des interventions spécifiques pour réduire les risques de handicap et de récidive.

Comparaison avec les tendances mondiales

Si les taux de mortalité et de DALYs ajustés selon l’âge en Chine sont en baisse, comme dans d’autres pays, les taux bruts augmentent plus rapidement. Par exemple, l’Union européenne prévoit une hausse de 4,3 % des décès liés aux AVC d’ici 2047, bien inférieure à la projection de +72,15 % en Chine. Cette différence souligne l’urgence de s’attaquer au vieillissement de la population et à l’accès aux soins en Chine.

Les limites de l’étude

  1. Facteurs de risque non inclus : les tendances liées à l’hypertension, au diabète ou au tabagisme n’ont pas été intégrées, ce qui pourrait modifier les projections.
  2. Variations régionales : les disparités provinciales n’ont pas été prises en compte.
  3. Hypothèses démographiques : les projections reposent sur des estimations moyennes de l’ONU ; des changements politiques pourraient influencer ces tendances.

Conclusion

La Chine fait face à une crise croissante des AVC, alimentée par le vieillissement de sa population. Sans efforts accrus en matière de prévention et d’investissements dans les soins de santé, les décès, les handicaps et les coûts économiques liés aux AVC continueront d’augmenter. Des actions ciblées pour contrôler les facteurs de risque, améliorer les soins aigus et développer les services de réadaptation, en particulier pour les personnes âgées, sont essentielles pour atténuer ce fardeau.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000002060
For educational purposes only.

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