La chimiothérapie précoce peut-elle retarder la radiothérapie chez les jeunes patients atteints de tumeurs cérébrales ?

La chimiothérapie précoce peut-elle retarder la radiothérapie chez les jeunes patients atteints de tumeurs cérébrales ?

Les tumeurs cérébrales chez les enfants et les jeunes adultes sont rares mais bouleversantes. Pour ceux atteints d’un type appelé gliome de bas grade (GBG)—une tumeur cérébrale à croissance lente mais tenace—le traitement implique souvent la chirurgie, la radiothérapie et les médicaments. Cependant, la radiothérapie, bien qu’efficace, peut endommager le cerveau en développement, entraînant des pertes de mémoire, des difficultés d’apprentissage et d’autres problèmes à vie. Les médecins sont confrontés à une question difficile : Retarder la radiothérapie grâce à une chimiothérapie précoce peut-il protéger les fonctions cérébrales sans laisser la tumeur se développer ?


Les problèmes des traitements actuels

Les gliomes de bas grade sont complexes. Même après la chirurgie, des fragments de la tumeur restent souvent, en particulier lorsqu’ils se situent dans des « zones éloquentes »—des régions du cerveau contrôlant la parole, le mouvement ou la mémoire. Pour les jeunes patients (moins de 40 ans), les recommandations suggèrent une chirurgie suivie de radiothérapie et de chimiothérapie. Mais la radiothérapie a un côté sombre. Des études montrent qu’elle peut endommager les cellules cérébrales saines, causant des troubles cognitifs qui s’aggravent avec le temps. Un suivi sur 12 ans a révélé que les patients ayant reçu une radiothérapie obtenaient de moins bons résultats aux tests de mémoire et d’attention par rapport à ceux qui n’en avaient pas reçu.

Cela place les familles dans une situation délicate. Une radiothérapie immédiate pourrait contrôler la tumeur mais risquerait un déclin cognitif. Retarder la radiothérapie pourrait préserver les fonctions cérébrales—mais que se passe-t-il si la tumeur se développe plus rapidement ?


Une nouvelle approche : la chimiothérapie en premier

En 2014, un hôpital de Shanghai a lancé une étude (NCT02209428) pour tester une stratégie différente : utiliser la chimiothérapie avant la radiothérapie. L’idée était simple. Si la chimiothérapie pouvait réduire ou stabiliser la tumeur, les jeunes patients pourraient éviter ou retarder la radiothérapie, gagnant ainsi du temps pour que leur cerveau mûrisse.

L’étude a porté sur 65 patients de moins de 40 ans avec des tumeurs partiellement retirées. Après la chirurgie, ils ont reçu un médicament de chimiothérapie appelé témozolomide (TMZ)—un comprimé qui cible les cellules cancéreuses—pendant six cycles. Les médecins ont suivi la taille de la tumeur par des IRM et ont testé la mémoire, l’attention et les capacités de résolution de problèmes sur trois ans.


Qu’a révélé l’étude ?

1. La chimiothérapie a mieux fonctionné pour certains

Plus de la moitié des patients (56,9 %) ont vu leur tumeur rétrécir ou cesser de croître. Cependant, les résultats dépendaient fortement de la génétique :

  • Les patients avec des mutations IDH (changements génétiques dans un gène appelé IDH) ont répondu bien mieux que ceux sans (64 % contre 11 %).
  • Ceux avec une codélétion 1p/19q (un autre changement génétique lié à une croissance tumorale plus lente) ont également eu des périodes plus longues sans progression de la tumeur.

Pour ces groupes, la chimiothérapie a retardé le besoin de radiothérapie d’environ 4 ans. Mais pour les patients sans ces marqueurs génétiques, les tumeurs ont souvent repoussé rapidement, suggérant qu’ils pourraient avoir besoin de radiothérapie plus tôt.

2. Les fonctions cérébrales se sont améliorées avec le temps

Les tests cognitifs ont montré des tendances prometteuses. Les scores de mémoire, mesurés par des tests de rappel de mots, ont augmenté régulièrement sur trois ans. Les patients sont également devenus plus rapides dans des tâches comme relier des points numérotés (un test d’attention et de planification). Alors que la radiothérapie est connue pour réduire ces scores, la chimiothérapie seule semblait permettre au cerveau de guérir et de s’adapter après la chirurgie.

3. Sécurité et effets secondaires

Le TMZ a été généralement bien toléré. Un seul patient a arrêté le traitement en raison d’un faible taux de plaquettes (des cellules sanguines essentielles à la coagulation). Aucun effet secondaire grave à long terme, comme des cancers secondaires, n’a été observé—une préoccupation avec certains médicaments de chimiothérapie.


Pourquoi la génétique est-elle importante ?

L’étude souligne comment la biologie de la tumeur influence le succès du traitement. Les mutations IDH et la codélétion 1p/19q sont comme des « empreintes digitales » qui prédisent le comportement d’une tumeur. Les patients avec ces marqueurs avaient des tumeurs à croissance plus lente et de meilleures réponses à la chimiothérapie. Les autres ont fait face à une bataille plus difficile, avec des tumeurs plus susceptibles de devenir agressives.

Cette division soulève un point critique : le traitement personnalisé. Pour les tumeurs génétiquement « favorables », commencer par la chimiothérapie pourrait épargner les jeunes cerveaux des dommages de la radiothérapie. Pour les autres, combiner les traitements tôt pourrait être nécessaire.


Et ensuite ?

L’étude n’est pas parfaite. Elle était petite, manquait d’un groupe de comparaison et ne suivait pas la survie globale (combien de temps les patients ont vécu). Un suivi plus long est nécessaire pour voir si retarder la radiothérapie évite vraiment le déclin cognitif sans sacrifier la survie.

Cependant, les résultats offrent de l’espoir. Pour de nombreux jeunes patients, la chimiothérapie pourrait être un pont vers l’âge adulte—donnant à leur cerveau le temps de se développer avant de faire face aux risques de la radiothérapie. Comme l’a noté un chercheur, “L’objectif n’est pas seulement la survie. C’est donner à ces enfants une chance de s’épanouir.”


À des fins éducatives uniquement.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001434

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