Hémipelvectomie traumatique : une blessure catastrophique, mais survivable

Hémipelvectomie traumatique : une blessure catastrophique, mais survivable

Imaginez une blessure si grave qu’elle arrache littéralement une partie du corps. L’hémipelvectomie traumatique (THP) est une blessure extrêmement rare et dévastatrice, souvent causée par des accidents de la route, des chutes de moto ou des accidents industriels. Avec un taux de mortalité pouvant atteindre 100 %, cette blessure semble insurmontable. Pourtant, un cas récent montre qu’avec une intervention rapide et une équipe médicale multidisciplinaire, la survie est possible. Comment cela a-t-il été réalisé ? Plongeons dans ce récit fascinant.

Une blessure catastrophique

L’hémipelvectomie traumatique (THP) est une blessure où une partie du bassin et la jambe sont arrachées, souvent à la suite d’un traumatisme violent. Cette blessure, décrite pour la première fois en 1978, est extrêmement rare mais souvent mortelle. Elle implique une rupture des ligaments ou des os du bassin, ainsi que des vaisseaux sanguins et des nerfs. Les accidents de la route, les chutes de moto ou les accidents industriels sont les causes principales.

Le cas dont nous parlons concerne un homme de 55 ans qui a été happé par une bétonnière sur son lieu de travail. Sa jambe droite a été complètement arrachée. À son arrivée à l’hôpital, son état était critique : pression artérielle basse, pouls rapide, et une plaie ouverte s’étendant du côté droit de l’abdomen jusqu’au bassin. La peau était arrachée, et les organes abdominaux étaient à peine retenus par le péritoine (la membrane qui entoure les organes).

Premiers secours et prise en charge

Sur les lieux de l’accident, les secours ont immédiatement appliqué un bandage compressif pour contrôler l’hémorragie. Une réhydratation par voie intraveineuse et une oxygénation ont été initiées. Une heure plus tard, le patient était à l’hôpital. Les médecins ont constaté une perte massive de sang et une contamination de la plaie par du ciment et d’autres débris.

À l’arrivée aux urgences, le patient a reçu une réanimation liquidienne (remplacement des fluides perdus) via une veine centrale et deux veines périphériques. Des antibiotiques à large spectre et un vaccin antitétanique ont été administrés. Un scanner (CT scan) a confirmé la perte de la jambe droite et d’une partie de la paroi abdominale, ainsi que la rupture des vaisseaux sanguins principaux du bassin.

Une intervention chirurgicale complexe

Une équipe multidisciplinaire, comprenant un orthopédiste, un urologue et un chirurgien général, a pris en charge le patient. Sous anesthésie générale, les médecins ont exploré la plaie. Ils ont constaté une perte importante de peau, une contamination sévère, et des vaisseaux sanguins rompus. Les vaisseaux ont été ligaturés (fermés) pour arrêter l’hémorragie. La plaie a été lavée à plusieurs reprises avec des solutions antiseptiques.

En raison de la perte importante de peau, la plaie a été laissée ouverte mais couverte par un dispositif de drainage sous vide (VSD), une technique qui aide à la cicatrisation en aspirant les liquides. Un tube rectal a été inséré pour protéger l’intestin. Pendant l’opération, le patient a reçu 800 mL de sang, 1000 mL de cristalloïdes (solutions salines) et 1500 mL de colloïdes (solutions contenant des protéines), soit un total de 3300 mL de fluides.

Soins intensifs et complications

Après l’opération, le patient a été transféré en unité de soins intensifs (USI) sous ventilation mécanique. Il a reçu une transfusion sanguine supplémentaire, une réanimation liquidienne agressive, et un traitement antibiotique préventif. Malgré cela, sa fièvre persistait, et son taux de globules blancs a atteint un pic au cinquième jour.

Une radiographie a révélé un pneumothorax (poumon collabé) du côté droit et une pneumonie du côté gauche. Un deuxième débridement (nettoyage de la plaie) a été réalisé le sixième jour. Des échantillons de pus ont été prélevés pour analyse, révélant la présence de bactéries résistantes. Le traitement antibiotique a été ajusté en conséquence.

Pour éviter une contamination fécale de la plaie, une colostomie (dérivation des selles) a été réalisée le 14e jour. La fièvre du patient a finalement baissé après 25 jours en USI.

Récupération et réhabilitation

Après sept semaines en USI, la peau du patient a commencé à se régénérer. Deux mois après l’accident, la plaie avait diminué de moitié en taille. Le dispositif VSD a été retiré, et une greffe de peau a été réalisée à partir de la cuisse gauche du patient.

Dix semaines après l’accident, le patient pouvait marcher avec des béquilles. Il est resté hospitalisé pendant 72 jours et a reçu une prothèse pour sa réhabilitation physique. Un an après l’accident, la plaie était complètement guérie. Le patient a pris sa retraite en raison de son handicap mais pouvait vivre de manière autonome. Il ressentait occasionnellement des douleurs fantômes (douleurs dans un membre absent), mais elles étaient supportables sans médicament.

Conclusion

L’hémipelvectomie traumatique est une blessure extrêmement grave, mais avec une intervention rapide et une équipe médicale multidisciplinaire, la survie est possible. Ce cas montre l’importance de contrôler l’hémorragie, de stabiliser le patient, et de gérer les complications comme les infections. La récupération nécessite une prise en charge globale, incluant des soins psychiatriques, nutritionnels et de gestion de la douleur.

For educational purposes only.
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001372

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