Dabigatran et lésions œsophagiennes : un effet secondaire méconnu

Dabigatran et lésions œsophagiennes : un effet secondaire méconnu

Vous prenez un anticoagulant pour prévenir les accidents vasculaires cérébraux ? Saviez-vous que certains médicaments, comme le dabigatran, peuvent provoquer des lésions de l’œsophage ? Cette complication, bien que rare, peut survenir même chez des patients jeunes et sans antécédents digestifs. Explorons ce phénomène à travers un cas clinique récent.

La fibrillation auriculaire (FA) est un trouble du rythme cardiaque qui multiplie par cinq le risque d’accident vasculaire cérébral (AVC). Pendant des décennies, la warfarine a été le médicament de référence pour prévenir les caillots sanguins chez ces patients. Cependant, son utilisation est complexe : elle nécessite des analyses sanguines régulières et est sensible aux interactions avec certains aliments. Depuis 2010, le dabigatran, un anticoagulant oral direct (AOD), a été approuvé comme alternative plus pratique. Il cible directement la thrombine, une protéine clé dans la formation des caillots.

Une étude majeure, appelée RE-LY, a montré que le dabigatran est aussi efficace que la warfarine pour prévenir les AVC chez les patients atteints de FA. Mais comme tout médicament, il a des effets secondaires. Parmi eux, la dabigatran-induced esophagitis (DIE), ou œsophagite induite par le dabigatran, a été signalée dans plusieurs cas. Bien que les personnes âgées soient plus à risque, un cas récent concerne un homme jeune de 37 ans.

Ce patient souffrait de FA paroxystique, une forme intermittente de fibrillation auriculaire, depuis deux ans. Il a subi une ablation par cathéter, une procédure pour traiter son trouble du rythme cardiaque. Après l’intervention, il a reçu du dabigatran (150 mg deux fois par jour) pour prévenir les AVC et du pantoprazole, un médicament protecteur de l’estomac, pour éviter les lésions œsophagiennes. Deux mois plus tard, il a consulté pour des difficultés à avaler et une douleur derrière le sternum. Une endoscopie a révélé des lésions érosives dans la partie moyenne de l’œsophage. Le dabigatran a été remplacé par un autre anticoagulant, le rivaroxaban, et les symptômes ont disparu en une semaine.

Le dabigatran est devenu populaire en Chine depuis son introduction en 2013, grâce à sa facilité d’utilisation par rapport à la warfarine. Cependant, il contient un excipient, l’acide tartrique, qui peut endommager la paroi de l’œsophage si le médicament y adhère. Pour réduire ce risque, il est essentiel de prendre le dabigatran avec un grand verre d’eau (200–300 mL) ou avec un repas, et de rester assis ou debout pendant au moins 30 minutes après l’avoir ingéré.

Les personnes âgées sont plus susceptibles de développer des œsophagites médicamenteuses en raison d’une motricité œsophagienne plus lente et d’une production de salive réduite. Cependant, le cas de ce jeune patient montre que même les personnes plus jeunes peuvent être touchées, malgré une prise correcte du médicament et l’utilisation d’un protecteur gastrique. Cela soulève des questions sur l’efficacité des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) comme le pantoprazole pour prévenir ces lésions.

L’œsophage est situé près de la paroi postérieure de l’oreillette gauche du cœur. Après une ablation par cathéter, le risque de lésions œsophagiennes peut atteindre 47 %. Les effets secondaires non hémorragiques du dabigatran, comme les lésions œsophagiennes, pourraient-ils augmenter le risque de fistule entre l’oreillette gauche et l’œsophage ? Cette complication, bien que rare, est potentiellement mortelle. De plus, les symptômes de la DIE et de la fistule se ressemblent, ce qui peut rendre le diagnostic difficile. Les médecins doivent donc être vigilants et interroger les patients sur d’éventuels problèmes digestifs après une ablation par cathéter.

En conclusion, le dabigatran est une option pratique et efficace pour prévenir les AVC chez les patients atteints de FA. Cependant, son potentiel à provoquer des lésions œsophagiennes, même chez les jeunes patients, ne doit pas être ignoré. Il est essentiel de suivre les instructions d’administration pour minimiser ce risque. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour comprendre les mécanismes de la DIE et évaluer l’efficacité des IPP dans sa prévention. En cas de suspicion de DIE, un changement d’anticoagulant peut être envisagé.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000001173
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