Comment un seul donneur peut sauver deux vies en période de pénurie de poumons ?
La pandémie de COVID-19 n’a pas seulement mis les hôpitaux à rude épreuve—elle a presque paralysé les greffes d’organes salvateurs. Début 2020, alors que le virus se propageait, les hôpitaux du monde entier ont été confrontés à des choix impossibles. Pour les patients ayant besoin d’une greffe de poumon, le temps était compté. Mais en Chine, les médecins ont fait face à cette crise avec une solution innovante : diviser les poumons d’un seul donneur pour sauver deux vies. Voici comment ils ont procédé—et pourquoi c’est important.
Le cauchemar de la pénurie d’organes
Les greffes d’organes reposent sur un système fragile. Lorsque la COVID-19 a frappé, les dons ont chuté. La peur de l’infection, les hôpitaux débordés et les confinements ont créé une tempête parfaite. Pour les candidats à une greffe de poumon, cela a été catastrophique. De nombreux patients atteints de fibrose pulmonaire sévère ou de pneumonie dépendent des greffes pour survivre. Sans donneurs, leurs chances semblaient minces.
En Chine, où cette histoire se déroule, deux patients étaient en course contre la montre :
- Patient A : Une femme de 67 ans atteinte du syndrome de Sjögren (un trouble immunitaire) provoquant des lésions pulmonaires et une pneumonie.
- Patient B : Un homme de 67 ans atteint de fibrose pulmonaire avancée.
Les deux avaient besoin d’une greffe de toute urgence. Mais avec peu de donneurs disponibles, les médecins ont dû faire preuve de créativité.
Une solution ingénieuse : diviser les poumons
La réponse est venue d’un donneur de 48 ans décédé d’une hémorragie cérébrale. Avant le don, les médecins ont confirmé qu’il n’était pas infecté par la COVID-19 grâce à plusieurs tests, y compris des prélèvements de liquide pulmonaire et de rectum. Ses poumons étaient sains—mais comment pourraient-ils aider deux personnes ?
Voici le défi : les poumons ne sont pas universels. Les médecins utilisent une mesure appelée capacité pulmonaire totale prédite (pTLC—la taille théorique des poumons basée sur la taille et le sexe) pour faire correspondre les donneurs et les receveurs. La pTLC du donneur était de 7,14 litres. Le patient A avait besoin de poumons plus petits (4,37 L pTLC), tandis que le patient B pouvait recevoir un seul poumon plus grand (6,74 L pTLC).
Le plan ? Diviser le poumon droit du donneur en deux parties pour le patient A et utiliser le poumon gauche entier pour le patient B.
La chirurgie étape par étape : faire fonctionner la division
Diviser les poumons
Le poumon droit du donneur comporte trois lobes : supérieur, moyen et inférieur. Les chirurgiens les ont soigneusement séparés :
- Ils ont séparé le lobe supérieur des lobes moyen et inférieur.
- Ils ont divisé les vaisseaux sanguins et les voies respiratoires pour créer deux greffons fonctionnels.
Pour le patient A (greffe bilatérale) :
- Côté droit : Les lobes moyen et inférieur ont été implantés. Les chirurgiens ont connecté les voies respiratoires, l’artère et la veine.
- Côté gauche : Le lobe supérieur a été retourné à 180 degrés (comme retourner un gant à l’envers) pour s’adapter. Cette technique du « lobe inversé » est rare mais possible grâce à la symétrie des poumons.
Pour le patient B (poumon gauche unique) :
Le poumon gauche intact du donneur a remplacé le poumon défaillant du patient B.
Une récupération contre toute attente
Les deux patients ont survécu à ces chirurgies complexes.
Patient A :
- A eu besoin d’une assistance respiratoire temporaire (ECMO—une machine qui ajoute de l’oxygène au sang) pendant deux jours.
- A marché 380 mètres lors d’un test de fitness huit mois plus tard.
- La fonction pulmonaire s’est améliorée mais est restée réduite—ce qui est courant après des greffes majeures.
Patient B :
- S’est rétabli sans complications.
- A quitté l’hôpital en moins d’un mois.
Aucun des deux n’a montré de signes de COVID-19 ou de rejet d’organe lors du suivi.
Pourquoi cette avancée est importante
- Maximiser les ressources limitées : Diviser les poumons permet à un seul donneur d’aider plusieurs receveurs—ce qui est crucial en période de pénurie.
- Adapter aux patients plus petits : De nombreux patients atteints de maladies pulmonaires ont des cavités thoraciques rétrécies. Les greffes lobaires (utilisant des parties de poumons) s’adaptent à leur taille.
- Protéger les greffes contre la pandémie : Des tests rigoureux ont assuré la sécurité du donneur sans retarder les soins vitaux.
Défis et utilisation future
Diviser les poumons n’est pas simple. Cela nécessite :
- Une chirurgie de précision pour diviser les vaisseaux sanguins et les voies respiratoires.
- Un appariement minutieux des tailles entre donneur et receveur.
- Des équipes spécialisées familiarisées avec des techniques rares.
Pourtant, comme le montre ce cas, c’est possible. Des méthodes similaires pourraient aider lors de futures crises ou dans des régions souffrant de pénuries chroniques de donneurs.
La perspective globale
La pandémie a forcé la médecine à innover. En repensant l’utilisation des organes, les médecins ont sauvé des vies qui auraient pu être perdues. Pour les patients en attente de greffe, cette histoire offre de l’espoir—et une feuille de route pour transformer la pénurie en solutions.
À des fins éducatives uniquement
doi.org/10.1097/CM9.0000000000001630