Comment les molécules du système immunitaire inné combattent le cancer du nasopharynx ?

Comment les molécules du système immunitaire inné combattent le cancer du nasopharynx ?

Le cancer du nasopharynx (NPC) est une tumeur maligne qui se développe dans la muqueuse du nasopharynx, une zone souvent exposée à des substances cancérigènes. L’inflammation chronique de cette muqueuse est un facteur de risque majeur pour le développement de ce cancer. Mais saviez-vous que notre corps possède des armes naturelles pour lutter contre cette maladie ? Ces armes sont des molécules du système immunitaire inné, comme la lactotransferrine (LTF) et les protéines de la famille BPI (Bactericidal/Permeability-Increasing). Ces molécules jouent un rôle clé dans la détection, la neutralisation et l’élimination des agents nocifs, contribuant ainsi à freiner la progression du cancer.

Les protéines BPI : des gardiennes de la muqueuse nasopharyngée

La famille des protéines BPI comprend deux membres principaux : BPIFA1 (aussi appelée SPLUNC1) et BPIFB1 (LPLUNC1). Ces protéines sont spécifiquement produites dans la muqueuse du nasopharynx et des voies respiratoires supérieures. Leur rôle principal est de tuer les bactéries et de neutraliser les toxines qu’elles produisent. Par exemple, BPIFA1 peut se lier directement au lipopolysaccharide (LPS), une composante de la paroi des bactéries Gram-négatives, et ainsi les éliminer. Cette action antibactérienne est essentielle pour maintenir l’intégrité de la muqueuse nasopharyngée et prévenir les infections qui pourraient conduire à une inflammation chronique et, à terme, au cancer.

Le virus d’Epstein-Barr (EBV) : un acteur clé du cancer du nasopharynx

Le virus d’Epstein-Barr (EBV) est un facteur bien connu dans le développement du NPC. Ce virus infecte principalement les lymphocytes (un type de globule blanc) en se liant à une protéine appelée CD21 à leur surface. Bien que les cellules épithéliales du nasopharynx n’expriment pas CD21, le virus peut être transféré des lymphocytes infectés à ces cellules. BPIFA1 joue un rôle protecteur ici : elle favorise la mort des cellules infectées par l’EBV et endommage la structure du virus. De plus, BPIFA1 réduit l’expression d’un gène viral, LMP1, qui est impliqué dans la formation de tumeurs, et augmente l’expression d’une autre protéine virale, gp350, qui aide le système immunitaire à reconnaître et à détruire le virus.

La lactotransferrine (LTF) : une barrière contre l’infection virale

La lactotransferrine (LTF) est une autre molécule importante produite dans la muqueuse nasopharyngée. Elle réduit l’efficacité de l’infection par l’EBV dans les lymphocytes et empêche le transfert du virus vers les cellules épithéliales. LTF se lie à CD21 sur les lymphocytes, bloquant ainsi l’entrée du virus. Comme BPIFA1, LTF est souvent moins présente dans les tissus cancéreux, et cette diminution est associée à un pronostic plus sombre, suggérant que ces molécules agissent comme des suppresseurs de tumeurs.

Le lien entre inflammation et cancer

L’inflammation chronique joue un rôle clé dans la transformation maligne de la muqueuse nasopharyngée. Les facteurs inflammatoires libérés dans cet environnement peuvent activer des voies de signalisation comme NF-kB et STAT3, qui favorisent la croissance des cellules cancéreuses. L’EBV lui-même peut activer NF-kB en interagissant avec des récepteurs sur les macrophages (des cellules immunitaires). De plus, l’ADN du virus et ses produits peuvent être reconnus par un autre récepteur, TLR9, ce qui déclenche une réponse inflammatoire et la libération de molécules pro-inflammatoires comme l’IL-8 et la MCP-1.

Comment les molécules innées luttent contre le cancer ?

LTF, BPIFA1 et BPIFB1 agissent de plusieurs manières pour empêcher la transformation maligne des cellules. Par exemple, LTF réduit la capacité de TLR9 à reconnaître l’ADN viral et inhibe l’activation de NF-kB, limitant ainsi l’inflammation. Elle régule également le cycle cellulaire et freine la croissance des cellules cancéreuses. BPIFA1 et BPIFB1, quant à elles, induisent la mort des cellules cancéreuses et inversent partiellement leur transformation maligne. BPIFA1 active une voie de signalisation impliquant PTEN, une protéine qui freine la prolifération cellulaire, tandis que BPIFB1 bloque la voie MAPK, une autre voie clé dans la croissance des cellules.

Limiter l’invasion et la métastase

L’environnement inflammatoire peut favoriser l’invasion et la propagation des tumeurs. Cependant, les molécules innées comme LTF peuvent limiter ce processus. Par exemple, LTF se lie à une protéine du cytosquelette des cellules cancéreuses, K18, et inhibe leur capacité à migrer et à envahir d’autres tissus. Elle bloque également la voie PDK1/AKT, une voie de signalisation impliquée dans la prolifération et la métastase.

Améliorer la réponse à la radiothérapie

La radiothérapie est un traitement courant pour le NPC, mais certains patients développent une résistance. BPIFB1 semble jouer un rôle ici : les patients avec des niveaux élevés de cette protéine ont de meilleures chances de survie. BPIFB1 renforce la sensibilité des cellules cancéreuses à la radiothérapie en inhibant les voies de réparation de l’ADN et en favorisant leur mort.

Conclusion

Les molécules du système immunitaire inné, comme LTF, BPIFA1 et BPIFB1, sont des alliées naturelles dans la lutte contre le cancer du nasopharynx. Elles agissent en empêchant l’infection par l’EBV, en réduisant l’inflammation et en régulant les voies de signalisation qui contrôlent la croissance, la mort et la propagation des cellules cancéreuses. Comprendre leur rôle ouvre la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques pour combattre cette maladie.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000000132
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