Changements de poids et mortalité : ce que révèle une étude de 25 ans en Chine
Votre poids fluctue ? Cela pourrait influencer votre santé à long terme.
Le poids est souvent au cœur des préoccupations de santé. Mais saviez-vous que les variations de poids, même modestes, peuvent avoir un impact sur votre espérance de vie ? Une étude menée sur 25 ans en Chine apporte des réponses fascinantes sur le lien entre les changements de poids et les risques de décès, toutes causes confondues ou spécifiques.
Pourquoi s’intéresser aux variations de poids ?
L’indice de masse corporelle (IMC) est couramment utilisé pour évaluer la santé. Cependant, il ne tient pas compte des fluctuations de poids au fil du temps. Par exemple, perdre ou prendre plusieurs kilos peut avoir des conséquences différentes sur la santé, mais ces effets sont encore mal compris, surtout dans les populations asiatiques. Cette étude, menée auprès de 21 000 Chinois, explore comment les changements de poids influencent les risques de décès sur le long terme.
Comment l’étude a-t-elle été réalisée ?
Les chercheurs ont suivi des adultes âgés de 40 à 69 ans pendant 25 ans, de 1985 à 2016. Leur poids a été mesuré à deux reprises : au début de l’étude et cinq ans plus tard. Les participants ont été classés en fonction de leur changement de poids :
- Perte de poids de 2 kg ou plus.
- Poids stable (moins de 2 kg de variation).
- Gain de poids de 2 à 5 kg.
- Gain de poids de 5 kg ou plus.
Les causes de décès ont été classées en trois catégories principales : cancer, accident vasculaire cérébral (AVC) et maladie cardiaque.
Que révèlent les résultats ?
Perte de poids : un signal d’alarme
Les personnes ayant perdu 2 kg ou plus avaient un risque accru de décès toutes causes confondues (+14 %), ainsi que de décès par cancer (+12 %) et par maladie cardiaque (+21 %). Cette association pourrait refléter des problèmes de santé sous-jacents, comme une maladie non diagnostiquée ou une perte de masse musculaire liée à l’âge.
Gain de poids : des effets contrastés
Un gain de poids de 5 kg ou plus était associé à un risque réduit de décès par cancer (-11 %), mais à un risque accru d’AVC (+23 %). Cela suggère que l’excès de poids peut protéger contre certains cancers tout en augmentant les risques cardiovasculaires.
Poids stable : une situation plus sûre
Les personnes dont le poids est resté stable (variation de moins de 2 kg) avaient globalement de meilleurs résultats en termes de santé.
Les transitions de poids : un autre angle d’analyse
Les chercheurs ont également examiné les changements de catégorie de poids (par exemple, passer de « poids normal » à « surpoids »). Les résultats montrent que :
- Passer de « surpoids » à « poids normal » augmentait le risque de décès (+18 %).
- Devenir « en sous-poids » était associé à un risque accru de décès (+35 %).
- Rester en « surpoids » augmentait les risques de décès (+11 %) et d’AVC (+44 %).
Des différences selon l’âge, le sexe et le poids initial
- Âge : La perte de poids était plus risquée pour les personnes âgées de 55 ans et plus, en particulier pour les maladies cardiaques.
- Sexe : Les femmes ayant perdu du poids avaient un risque plus élevé de décès par cancer et par maladie cardiaque.
- Poids initial : Les personnes de poids normal qui perdaient du poids avaient un risque accru de maladie cardiaque, tandis que celles en surpoids qui prenaient du poids avaient un risque accru d’AVC.
Des relations complexes entre poids et santé
Les chercheurs ont utilisé des modèles statistiques pour visualiser les associations entre les changements de poids et les risques de décès. Ils ont observé des relations en forme de U ou de J :
- Pour l’AVC, le risque diminuait avec une légère perte de poids, mais augmentait fortement avec un gain de poids important.
- Pour les maladies cardiaques, le risque était le plus faible avec un gain modéré de poids (3 à 5 kg), mais augmentait avec des gains ou des pertes plus importants.
Quelles implications pour la santé publique ?
Pour les personnes âgées
La perte de poids, surtout si elle est involontaire, doit être surveillée de près, car elle peut signaler des problèmes de santé sous-jacents.
Pour les adultes d’âge moyen
Maintenir un poids stable semble être la meilleure stratégie pour équilibrer les risques de cancer et de maladies cardiovasculaires.
Pour les professionnels de santé
Intégrer l’évaluation des variations de poids dans les bilans de santé pourrait aider à identifier les personnes à risque accru de maladies graves.
Les limites de l’étude
- Manque de données sur l’intentionnalité : L’étude ne distingue pas les pertes de poids intentionnelles (par exemple, grâce à un régime) des pertes involontaires (liées à une maladie).
- Une seule mesure de suivi : Le poids n’a été mesuré qu’à deux reprises, ce qui ne permet pas de capturer les variations ultérieures.
- Spécificité de la population : Les résultats peuvent ne pas s’appliquer à d’autres populations, notamment celles avec des taux d’obésité plus élevés.
Conclusion
Cette étude met en lumière l’importance des variations de poids sur la santé à long terme. Perdre du poids, surtout si c’est involontaire, peut augmenter les risques de décès, tandis qu’un gain de poids important peut protéger contre certains cancers mais augmenter les risques d’AVC. Maintenir un poids stable semble être la stratégie la plus sûre. Des recherches futures devraient explorer les mécanismes biologiques sous-jacents et distinguer les changements de poids intentionnels des involontaires.
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doi.org/10.1097/CM9.0000000000002970