Apnée centrale émergente sous traitement : Un trouble du sommeil méconnu

Apnée centrale émergente sous traitement : Un trouble du sommeil méconnu

Vous traitez votre apnée obstructive du sommeil (AOS) avec un appareil à pression positive, mais vous ressentez toujours une fatigue intense ? Vous pourriez souffrir d’apnée centrale émergente sous traitement (ACET), un trouble du sommeil complexe qui survient lors de la prise en charge de l’AOS. Découvrez ce qu’est l’ACET, ses causes, ses symptômes et les options disponibles pour mieux la gérer.

Qu’est-ce que l’apnée centrale émergente sous traitement (ACET) ?

L’ACET se définit par l’apparition ou la persistance d’apnées centrales (pauses respiratoires sans effort pour respirer) lors du traitement de l’apnée obstructive du sommeil (AOS), notamment avec un appareil à pression positive (PAP). Ce trouble, autrefois appelé « syndrome d’apnée complexe », a été identifié pour la première fois dans les années 2000. Il est diagnostiqué lorsque les événements obstructifs disparaissent sous traitement, mais que le patient présente un indice d’apnée centrale (IAC) supérieur ou égal à 5 événements par heure, dont plus de 50 % sont des apnées centrales.

L’ACET peut survenir non seulement avec un traitement par PAP, mais aussi après d’autres interventions comme le port d’un dispositif d’avancée mandibulaire (DAM), une chirurgie maxillo-mandibulaire ou une trachéostomie. Dans certains cas, les apnées centrales disparaissent spontanément après quelques mois de traitement. Cependant, chez d’autres patients, elles persistent, nécessitant une prise en charge spécifique.

À quelle fréquence rencontre-t-on l’ACET ?

La prévalence de l’ACET varie considérablement selon les études, allant de 0,56 % à 20,3 %. Cette variation s’explique par les différences dans les méthodes d’étude, comme la durée des tests (nuit complète ou partielle) ou les critères d’inclusion. Par exemple, les études utilisant une nuit complète de test rapportent des taux de prévalence de 5 % à 12 %, tandis que celles utilisant une nuit partielle montrent des taux plus élevés, jusqu’à 20 %.

Certaines populations sont plus à risque. Les patients souffrant d’insuffisance cardiaque (IC) ou vivant en altitude ont une prévalence plus élevée d’ACET. Par exemple, une étude a montré que 18 % des patients atteints d’AOS et d’IC développent une ACET, contre seulement 0,56 % chez ceux sans problème cardiaque. De même, en altitude, les taux d’ACET augmentent, atteignant jusqu’à 38,7 % à plus de 2000 mètres.

Quelles sont les causes possibles de l’ACET ?

Les mécanismes exacts de l’ACET ne sont pas encore totalement compris, mais plusieurs hypothèses ont été proposées.

Instabilité du contrôle respiratoire (gain de boucle élevé) :
Le gain de boucle reflète la sensibilité du système respiratoire aux variations de dioxyde de carbone (CO2). Un gain élevé peut entraîner une instabilité respiratoire, surtout sous pression positive, qui réduit le niveau de CO2 en dessous du seuil d’apnée, provoquant des pauses respiratoires.

Seuil d’éveil bas :
Un seuil d’éveil respiratoire bas (le moment où le corps se réveille en réponse à une respiration difficile) peut perturber le contrôle respiratoire, entraînant des apnées centrales. Le traitement par PAP peut aggraver ce phénomène en augmentant la résistance nasale et les éveils fréquents.

Activation des récepteurs d’étirement pulmonaire :
Une pression trop élevée lors du traitement par PAP peut surétirer les poumons, activant des récepteurs qui envoient des signaux inhibiteurs au centre respiratoire, provoquant des apnées centrales.

Temps de circulation prolongé :
Chez les patients atteints d’insuffisance cardiaque, un temps de circulation sanguine plus long peut créer un décalage entre les niveaux de gaz sanguins et le contrôle respiratoire, favorisant les apnées centrales.

Qui est à risque ?

Plusieurs facteurs augmentent le risque de développer une ACET : l’âge avancé, le sexe masculin, un indice de masse corporelle (IMC) plus bas, des comorbidités comme l’insuffisance cardiaque, l’hypertension ou l’utilisation chronique d’opioïdes. Les patients atteints d’ACET sont souvent moins obèses mais plus âgés et plus fréquemment atteints de maladies cardiovasculaires.

Comment traiter l’ACET ?

Traitement par pression positive continue (CPAP) :
Dans certains cas, les apnées centrales disparaissent spontanément après quelques mois de traitement. Cependant, chez d’autres patients, elles persistent, nécessitant des alternatives.

BiPAP avec fréquence respiratoire de secours :
Le BiPAP-S/T, qui ajuste la pression en fonction de la respiration du patient, est une option efficace pour ceux qui ne répondent pas au CPAP. Il aide à prévenir les apnées centrales en assurant une ventilation continue.

Ventilation servo-assistée (ASV) :
L’ASV ajuste dynamiquement la pression et la fréquence respiratoire en fonction des besoins du patient. Elle est très efficace pour réduire les apnées centrales et améliorer la qualité du sommeil.

Médicaments :
Certains médicaments, comme l’acétazolamide, peuvent moduler le contrôle respiratoire et réduire les apnées centrales. Cependant, leur utilisation nécessite plus de recherche.

Oxygénothérapie :
L’apport d’oxygène peut réduire les apnées centrales, surtout chez les patients atteints d’insuffisance cardiaque. Cependant, son efficacité à long terme reste à confirmer.

Supplémentation en CO2 :
L’inhalation de faibles concentrations de CO2 a été explorée, mais son utilisation reste expérimentale en raison des risques potentiels.

Conclusion

L’ACET est un trouble complexe qui peut compliquer le traitement de l’apnée obstructive du sommeil. Bien que des progrès aient été réalisés dans sa compréhension et sa prise en charge, de nombreuses questions restent sans réponse. Des études supplémentaires sont nécessaires pour mieux comprendre ses mécanismes et optimiser les traitements disponibles.

doi.org/10.1097/CM9.0000000000001125
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